dictée 2014

voici le texte de l'épreuve de 2014:

 Sur le marché  -  Dictée 2014

Tous les samedis matin, dès huit heures et demie, et quelque capricieuses que soient les humeurs du ciel, les gapençais se rendent au marché.Le marché ! Il y règne un je-ne-sais-quoi qui donne une saveur particulière à des actes ordinaires de la vie, tels que déguster des louises-bonnes ou des grains de muscat que l’on a discrètement grappillés.
Tous les sens y sont à la fête. Les yeux, d’abord. Après s’être arrêtés un bref instant, place Alsace-Lorraine, sur la liseuse légèrement vert-de-grisée, qui n’a rien d’une vénus callipyge, les voici fixés sur des dentelles arachnéennes, puis sur un étalage pléthorique de bijoux clinquants, qui ne sont, en fait, que du chrysocale ne valant pas un kopeck. Un peu plus loin, c’est le jaune éclatant d’un bouquet de forsythia qui les attire, ou le rouge écarlate des fraises, que quelques clients privilégiés ont vues mûrir et vu cueillir la veille chez le paysan voisin.Certes le marché n’a rien d’un hourvari, mais les oreilles, elles aussi, y sont très sollicitées. Ici, c’est une vendeuse, aux yeux pers et aux cheveux brun clair, qui houspille un client en train de tâter ses poires sans ménagement ; là, c’est un vendeur de boissons qui rembarre un consommateur coupable de grivèlerie.
Evidemment, le nez, à l’abri de toute atmosphère méphitique, y trouve également son compte quand il s’approche des poulets à la broche qui graillonnent, ou d’une marmite de pot-au-feu, dont on aimerait qu’il fût fait du trumeau d’une jeune bête plutôt que du cuisseau d’une bréhaigne.
Allons, rentrons, notre panier est plein, et il ne faudrait pas que cette dictée finisse par ressembler à un amphigouri !

et les explications de Roland Ghislain:

Correction

-les samedis matin : = les samedis au matin

-quelque capricieuses : devant un adjectif, quelque est adverbe.

-tels que : s’accorde avec « actes ordinaires ».

-vénus callipyge : vénus qui a de belles fesses !

-arachnéennes : qui ont la légèreté d’une toile d’araignée.

-chrysocale : alliage de cuivre, de zinc et d’étain qui imite l’or.

-qu’ils ont vues mûrir : le participe passé varie parce que le pronom relatif qui le précède est sujet de l’infinitif qui suit. (ils ont vu mûrir quoi ? Les fraises. Qu’est-ce qui mûrit ? Les fraises)

-qu’ils ont vu cueillir : le participe passé est invariable  parce que le pronom relatif n’est pas le sujet de l’infinitif qui suit. (vu quoi ? Cueillir. Ce ne sont pas les fraises qui cueillent !) (Larousse 2014, p.9)

-hourvari : (vieilli) vacarme.

-pers : d’une couleur intermédiaire entre le bleu et le vert (Odyssée : « Athéna, la déesse aux yeux pers…)

-cheveux brun clair : adjectif joint à un autre pour nuancer la couleur : les deux adj. sont invariables.

-rembarrer : faire de vifs reproches à quelqu’un.

-grivèlerie : délit qui consiste à consommer sans avoir les moyens de payer.

méphitique : qui a une odeur répugnante ou toxique.

-graillonner : dégager une odeur de graisse brûlée.

-trumeau : jarret de bœuf.

-cuisseau : en 1975, l’Académie a unifié la graphie « cuisseau » pour le gibier (jusque-là « cuissot ») et pour le veau. Cuissot est toujours dans le Larousse.

-bréhaigne : vieille femelle stérile (de chamois, par ex.)

-amphigouri : écrit ou discours inintelligible.

Références : Grand Larousse illustré 2014

            Hanse, Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne

Texte de la dictée 2017

 

Poisson d'Avril

Premier avril ! Jour béni pour les malicieux amateurs de poisson ! Sans appât, ils en feront avaler des mille et des cents, tacauds, chinchards, rougets et autres truites argentées... En yoyotant des propos logorrhéiques, les plus fûtés réussiront à en faire gober jusqu’à quatre-vingts, voire quatre-vingt-cinq dans la journée !
Que les consciences scrupuleuses se rassurent : tous les mensonges attrape-nigauds qui se seront succédé ce jour, dès potron-minet pour les lève-tôt, seront absous.
Et que les ichtyophages se tranquillisent : aucun de ces poissons, qu’il soit cyprinidé, percidé ou sélacien, ne finira dans des sushis ou dans une bouillabaisse !
En cette année électorale, pas de morte-saison, avril sera plus que jamais le mois de la pêche. Les suffragants seront assidûment sollicités par des candidats combatifs et obligeants, à la mallette pleine de promesses dispensées à tire-larigot aux laissés-pour-compte. Ils sillonneront lieux-dits et routes cantonales où ils croiseront quelques rares cantonniers au teint hâlé, arasant les bords de route.
Allons, que le meilleur de ces nautoniers avisés l’emporte, et qu’il n’enterre pas ses engagements dans un profond hypogée, dès le lendemain de son élection !
Et vous, avant de sortir, assurez-vous qu’un barracuda ou un haddock ne pende dans votre dos !

Roland Ghislain

La Dictée de l'UTL

 

L'UTL, c'est aussi sa dictée annuelle!

Un texte savamment concocté chaque année par Roland Ghislain, qui met à l'épreuve celles et ceux d'entre vous qui ont le courage de venir affronter les pièges et les chausse-trappes en tout genre imaginés par notre professeur de sociologie, véritable orfèvre de la langue française...

 Jugez plutôt en jetant un coup d'oeil sur les dictées des années passées:

 

 

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Dictée 2013

 

Casse-pipe pour casse-cou

  Oui, ils sont là, venus au casse-pipe affronter les embûches savamment dressées pour faire trébucher les intrépides casse-cou de l’orthographe, plus futés, pour déjouer les pièges abhorrés, que des renards.

Après les kilomètres qu’ils ont couru, dès potron-minet, pour rejoindre l’intransigeant amphithéâtre, nos pur-sang de la dictée, sans être pour autant des fiers-à-bras, sont fin prêts à braver les finasseries grammaticales, agglutinées comme les fleurs minuscules des thyrses parfumés d’un lilas.

Depuis belle lurette, ils s’étaient proposé de participer à ce challenge, parfois jugé suranné, et s’étaient adressés  aux gracieuses secrétaires pour se faire dûment inscrire.

     Ils s’étaient complu dans l’attente du grand jour et s’en étaient donné à cœur joie en rêvant d’un triomphe.

S’ils s’étaient laissé tenter, c’est qu’ils savaient que, quoiqu’elles fussent lourdes, les chutes provoquées par de vicieux participes ne leur causeraient pas de redoutées ecchymoses bleu ardoise.

Face à quelques mots qui semblaient être du volapük, ils se sont sentis vaciller, pressentant qu’ils choiraient, sans toutefois déchoir.

Après que le compte rendu fut tombé sur un auditoire étonnamment attentif, les notes se sont succédé dans une atmosphère détendue.

     La curée 2013 n’avait rien de fastoche !

     Aussi le crack vainqueur sans aucune faute mériterait bien, ce me semble, qu’on lui élevât une statue devant l’UTL, encadrée par deux flamboyants forsythias, symboles de la médaille d’or orthographique !

Dictée 2011

 


                Petite vilaine !

    Quoiqu’ elle ne vînt à l’existence que ce jour néfaste d’août où je la composai, cette nouveau-née, disons-le crûment, n’avait déjà qu’une seule et irrépressible envie : torturer, neuf semaines et demie après sa naissance, les casse-cou qui, passé dix heures, s’aventureraient à la défier  dans cet auditorium masochiste, avide de faire sa connaissance.

    Qui l’eût cru ? A peine portée sur les fonts baptismaux,  où elle reçut le scolaire prénom de « Dictée »,  sa cruauté  quasi génétique avait crû à une vitesse aussi époustouflante que celle des vesses-de-loup ballonnées de nos roussâtres automnes.

    Sans prémisse aucune,  elle s’était complu à  dénicher les chausse-trappes les plus savonnées de notre langue française, trouvant en elles les prémices de raffinées délices.

    Telle une sybarite inhalant les effluves exhalés d’un plaisir sadique,  elle jouissait d’un délice presque sensuel en zigzaguant entre les imparfaits du subjonctif et les vocables polysémiques, parfois plus énigmatiques que les oracles de la pythie de Delphes !

    Malgré les protestations et les esclandres justifiés  des fan-clubs de Bernard Pivot, son art du piège et  sa soif du  triomphe allaient croissant de lune en lune.

    Témoin, sa dernière trouvaille que, toujours accorte, elle m’a instamment prié de vous offrir en cadeau conclusif : «  Le soir, quand elle rentrait de la garrigue avec sa récolte de thym, qu’elle offrait à son père, vieillard cacochyme, Rose, sans qu’on la tînt pour coquette dans sa robe fuchsia, aimait contempler son teint hâlé et ses cheveux filasse dans un miroir dont elle embuait le tain, tandis que la cloche de l’église voisine tintinnabulait , sans tintamarre ni tintouin. »  

    Petite vilaine, geins-je avec vous qui avez supporté , une demi-heure durant, l’épreuve de ses humiliantes vacheries, avant de soumettre vos copies angoissées aux redoutables examinateurs !

 

Dictée 2008

 

   

 

L’UTL au Maroc


    Soyons dithyrambique :  je dirai sans ambages ni paroles ambiguës que le Maroc des villes impériales et du Sud désertique nous a enthousiasmés.  
 
    Remplaçant les antiques palanquins, un car confortable a fait défiler devant leurs yeux ébahis des paysages et des monuments qui ne prêtaient vraiment pas à bayer aux corneilles ni à bâiller tout court.

    Un guide logorrhéique donnait vie à tous les sites féeriques traversés et initiait à l’histoire et à la vie marocaines, par exemple aux mœurs des Berbères Touareg ou à celles des descendants des esclaves autrefois razziés dans le Sahel.
Il tentait de nous enthousiasmer à la vue du moindre marabout, d’une zaouïa, ou encore de la  casbah  d’un cheikh. Il n’avait pas son pareil pour nous piloter à travers les souks grouillants de Marrakech, paradis du shopping pour les amateurs de djellabas,  ou dans la médina de Fès, où, sur les murs bleu indigo, on aurait cherché en vain des tags ou l’équivalent d’un dazibao  chinois.

    Au terme de ce voyage enrichissant, il aurait fallu être bien vilain sycophante pour ne pas faire les louanges de ce pays  sympathique et accueillant.