Danger

Le panneau était pourtant clair. Un panneau danger comme ceux que l'on peut voir au bord des routes pour prévenir des chutes de pierres. Sauf que là, c'était un homme qui semblait tomber sans fin.

Danger, chute d'homme.

Le genre de panneau qui vous fait froid dans le dos, qui vous oblige à vous arrêter, à ne pas avancer plus loin, à faire demi-tour. Le genre de panneau qu'il faut savoir ne pas regarder pour continuer sa route.

On ne pourra pas dire que je n'étais pas prévenu. Mais j'ai fait comme si je n'avais rien vu. Je n'avais pas fait des heures d'avion puis des heures de marche pour rebrousser chemin au premier panneau venu.

Alors j'ai continué. Un peu moins fièrement peut-être. Un peu moins vite sûrement. Faisant particulièrement attention où je mettais mes pieds. Je savais que j'étais encore loin de mon but et que jusqu'ici bien peu de personnes avaient réussi cette expédition.

J'essayais de me concentrer sur les montagnes autour, le glacier qu'il faudrait traverser. J'étais fasciné par le bleu profond du ciel. Mais toujours à mon esprit revenait ce panneau et cette question lancinante : ça fait comment une chute d'homme ? Une chute de pierres, on connaît. C'est bruyant, ça écrase tout sur son passage, ça peut tuer aussi s'il y a quelqu'un dessous. Mais une chute d'homme ? Est-ce que le corps part d'un coup dans le vide et s'envole ? Est-ce qu'il roule, se tape, se cogne avant de demander grâce ? Est-ce qu'il se pose tout doucement un peu plus bas comme en apesanteur ? Et quand on tombe, a-t-on le temps de se rendre compte de ce qu'il nous arrive ?

Toutes ces questions tournaient et retournaient dans ma tête. Au point que j'ai oublié de faire attention où je mettais mes pieds. Une pierre a roulé, m'entraînant dans son sillage. J'ai glissé, cherché à me rattraper, à saisir quelque chose avec mes mains. En vain. Dans ma tête, il y a eu comme un éclair, une certitude : j'aillais enfin savoir ce qu'est la chute d'un homme.

Véronique

Sous les eaux du lac

Sous les eaux du lac

 

Le principe est tout simple : on construit un barrage qui ferme une vallée, laquelle est dépouillée de toute présence humaine antérieure, villages, bâtiments, lignes électriques etc...
Puis quand tout est vide, on remplit la grande cuvette ainsi préparée avec l'eau de la rivière qui la traverse et le tour est joué : on a un beau barrage hydroélectrique qui va produire ses mégawatts pour alimenter la grande nation avide d'énergie.

Ainsi en fut-il avec la création du lac de Serre-Ponçon qui, depuis 1959, se remplit chaque printemps à la fonte des neiges et se vide progressivement à partir de l'été pour irriguer le bassin de la basse Durance et la plaine de la Crau tout en régulant le cours de la Durance

L’hiver, le lac à son étiage , laisse apparaître les soubassements des maisons démolies ainsi que les tracés des anciens ponts, routes et chemins. Les piles hautes sur pattes du grand pont qui le traverse laissent passer la Durance qui a regagné son ancien lit.

Ce qui est pittoresque à parcourir en promenade inattendue sur le fond du lac asséché est aussi douloureux au cœur des Savinois qui ont vu leur village et leur église démolis après qu'on les ait expropriés.

L'hiver 2017-2018 a battu tous les records de basses-eaux. Certaines parties d'une voie ferrée et notamment les entrées d'un tunnel ont resurgi et beaucoup de promeneurs ont pu prendre des photos insolites des lieux découverts.

Témoin ce reste de camion oublié depuis des décennies sous les eaux du lac : il ne reste que quelques parties du moteur, une colonne de direction et un grand volant, rouillés et corrodés. Mais une certaine émotion se dégage de ce tas de métaux, qui fut un véhicule et qui a du parcourir de nombreux kilomètres dans la vallée d'autrefois.

Monique E

Prunelle de mes yeux

Prunelle de mes yeux

II faut les surveiller comme la prunelle de mes yeux, ces enfants !

J'aimerais être ailleurs.

Ne plus les entendre crier, pleurer, se chamailler, rire.

Que c'est épuisant de les garder !

J'aurai dû postuler pour un autre job de vacances.

Je n'ai plus la force de faire leurs changes, de les porter, de les observer, de jouer avec eux, de sourire...

Ils m'ennuient ces chérubins, je ne peux même plus regarder mon téléphone portable.

Et Ludovick m'oublie, pas de message, pas de signe de vie, rien.

Rien que ces enfants à faire semblant de les apprécier, de les aimer.

Avec ma copine Ludivine, on ne se parle plus toutes les deux.

Nous boudons.

On s'est disputé, fâché à propos de Ludovick.

Ah ! Ludovick, j'aimerai me blottir dans tes bras.

Et pourtant, il faut les surveiller comme la prunelle de mes yeux, ces enfants !

Quelle aventure...

Muriel

Souvenir de vacances

Vote utilisateur: 5 / 5

Etoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles actives

SOUVENIR DE VACANCES

Cela faisait plusieurs soirées que notre père en parlait.
Cet été nous irons faire du bateau sur le lac !
Il avait acheté une barque, dont les rames entreposées sur le balcon en était pour nous la preuve !
Nos rêves d'enfants étaient désormais liés à cette aventure prochaine : ramer, pêcher, nager au milieu du lac,.,,les vacances s'annonçaient géantes !

Début juillet, la voiture est pleine, les rames sont arrimées sur la galerie, à nous l'aventure !
3 heures de routes, vite avalées à force de compter les voitures rouges, énumérer les départements, repérer les camions , les voitures étrangères...

Notre père annonce l'ultime virage avant de découvrir le lac dans toute sa splendeur.
Horreur !!, le lac est vide, pas d' eau si ce n'est un filet au milieu qu'on devine à peine dans un
canyon.

Après ce moment de stupeur nous allons jusqu'à notre campement, laissons la voiture et notre père nous mène jusqu'à l'embarcadère.

Sans le connaître , nous reconnaissons notre bateau, sa coque dorée, le liseré rouge. On ne voit que ça le reste est englouti dans la vase, prisonnier d'une gangue informe, grotesque .

En choeur nous nous mettons à pleurer mon frère est moi, nos parents essaient de nous consoler mais on les sent aussi dépités et tristes.

Fin l'aventure avant même d'avoir commenceé, ces 15 jours de vacances seront les plus sombres de mon enfance.

C'est plus tard, beaucoup plus tard que je me suis souvenue de nos délires joyeux d'enfants qui ont dures 2 mois, à partir du moment où nous avons su que nous aurions un bateau.
Cela avait alimenté notre imaginaire,, avait été source de complicité unique avec mon frère, nous avions beaucoup ri, nous nous étions disputé un peu aussi. Nous nous inventions des scénarios de pirates et naufragés. Finalement ce temps avait duré plus longtemps que les vacances elles-mêmes et se fut aussi une belle aventure !

Odile

 

Gris, gris, gris, tout est gris. Le ciel, la terre, les maisons éventrées, les épaves de voiture, les restes d’un square, de jeux d’enfants, les poutres et lampadaires à terre. Grises les rues où plus personne ne circule. Tous les habitants ont été évacués. Chaitén, Chili sud, après une éruption de cendres du volcan du même nom. Le petit bourg au bord de l’eau a été entièrement recouvert par des tonnes de poussière grise.
Nous approchons de ce qui fut le port. Les maisons sont enfoncées de travers, murs penchés, premier étage de plain pied. Les bateaux sont à demi enterrés, poupes ou proues enfoncées dans le gris solide. La vraie mer, liquide, a reculé d’au moins cent mètres. Elle se devine au loin.
Paysage lunaire par l’absence de bruit, de couleur, de mouvement, mêlé à l’évocation sinistre de la vie passée. Nous continuons le long de ce qui fut une jetée. Un faible rayon de soleil a fini par percer. Au milieu du gris, un espace lumineux : une coque de bateau, émergeant aux deux tiers. Pourquoi n’est-elle pas grise ? Est-elle venue après, pour se faire bloquer dans une mer de cendres ? Ou le propriétaire, de retour pour constater les dégâts, l’a-t-il nettoyée pour atténuer son désespoir ? Sous elle, les vaguelettes grises semblent sortir de l’immobilité.

Patricia Thuriet
UTL Gap 4 avril 2019

Du fond du volcan

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives

DU FOND DU VOLCAN

La photo est sombre. Les nuages montent noires lourds.
La photo est belle, immobile dans son mouvement continu
Il a suffi de cet homme, cette silhouette au bord du volcan, les mains croisées dans le dos pour ressentir toute l’interrogation humaine et oublier ce qui ne serait qu’un paysage.
Et tout d’un coup on voit l’humain, le petit humain immobile face à ces fumées qui remontent inlassables des entrailles de la terre
Fumées millénaires et en face l’aventure humaine qui n’en finit pas, qui n’en finit jamais
Et toi l’homme qui ne cesse de t’interroger
L’homme qui cherche et n’en finit pas

Elisabeth

Au bout du voyage

Au bout du voyage

"Ils étaient des milliers, ils étaient 20 et 100..." chantait Jean Ferrat.
Une voie ferrée désafectée, le terminus des trains. Nous sommes dans les Alpes, cette voie ferrée, ce tunnel, me ramène en Pologne.
Auchwitz, Birkenau
Un grand choc émotionnel... Au bout de l'horreur. Cette voie ferrée conduisant dans ce camp de la mort restera gravée en moi, à jamais. Je ne voulais pas franchir la grande porte surmontée de cette inscription impensable : "Arbeit macht frei" (Le travail rend libre).

Au bout de l'aventure, pour ces milliers de gens hagards, innocents, perdus,
Au début de l'horreur.

"Ils étaient des milliers, ils étaient 20 et 100,
Dans ces wagons plombés qui déchiraient la nuit..."

J'ai franchi la porte de l'horreur, j'ai marché le long des rails en pleurant. Je ne vous connaissais pas vous les hommes, les femmes, les enfants juifs. Je ne vous connaissais pas, vous les milliers de tsiganes exterminés... Mais, j'ai versé beaucoup de larmes pour vous.

Cette visite que je ne voulais pas faire, je l'ai faite en souvenir de vous, pour vous dire qu'on ne vous oublie pas.

"Ils étaient des milliers, ils étaient 20 et 100..." sur cette voie ferrée, sans retour.

Christiane
mars 2019

 

HEUREUX QUI COMME ULYSSE...

Voila nous sommes arrivés à notre dernière destination.

Nous c’est “tut tut”,mon petit train et moi son humble conducteur.

Notre couple a avalé des milliers de kilomètres de rail.Nous avons traversé ensemble des tempêtes de neige,le froid,le vent,la nuit...sans faiblir.

Nous avons lézardé l’été,traversant des prairies où de paisibles vaches nous saluaient

C’est la retraite.Nous sommes là devant ce cyclope géant qui va engloutir “tut tut” mon petit train.

Mon coeur se serre d’angoisse.Voici le moment de se séparer.Oh bien sûr il nous est arrivé de prendre quelquefois un peu de bon temps,chacun de son côté,mais il y avait toujours nos retrouvailles au bout.

Là en cette minute c’est un adieu définitif.Comment se quitter là ,brutalement?Ma tête est emplie de souvenirs;ma bouche ne peut exprimer ce que mon coeur ressent.

Ce n’est pas possible que tout se termine ainsi;il a tant de choses que j’aurai voulu faire avec lui,
tant de mots que je voudrais encore lui murmurer...

Je regarde “tut”tut”disparaitre lentement dans la bouche du monstre. Je fais demi tour.

Une nouvelle aventure m’attend...

Marylène